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L’échec de l'assurance-maladie d'État en Europe


Les Européens se détournent des systèmes de soins étatiques, au profit du privé.
Auteur: Cláudia Ascensão Nunes
Publié: 11 septembre 2026
L’échec de l'assurance-maladie d'État en Europe

Les progressistes américains continuent de militer pour un système “Medicare for All”, en présentant le Vieux Continent comme un modèle parfait d’accès universel aux soins. Or, en Europe, les systèmes dans lesquels l’État est à la fois prestataire direct et payeur unique, en situation de monopole, continuent d’échouer.

Contrairement au récit avancé par certains milieux politiques, les Européens souscrivent de plus en plus une assurance maladie privée. Les défauts structurels des pays qui persistent dans des modèles centralisés et gérés par l’État présentent des traits communs notables : des listes d’attente qui s’allongent, des professionnels de santé qui fuient un secteur public aux grilles salariales trop rigides, et une incapacité systémique à allouer les ressources là où elles sont le plus nécessaires.

Au Royaume-Uni, dont le célèbre National Health Service (NHS) a servi de modèle aux systèmes publics de toute l’Europe, environ 71 % des adultes déclarent désormais qu’ils envisageraient de recourir à des soins de santé privés. Plus de la moitié des adultes âgés de 35 à 44 ans comptent le faire dans l’année à venir, conséquence directe de listes d’attente records. En Angleterre, environ 7 millions de personnes sont en attente d’un traitement hospitalier. La promesse légale de traiter les patients dans un délai de 18 semaines n’est plus respectée depuis 2016, et plus d’un tiers des patients aux urgences attendent plus de quatre heures, un délai associé à des estimations de plus de 1 300 décès excédentaires par mois.

En Suède, pays profondément ancré dans la tradition social-démocrate, plus de 826 000 citoyens, soit environ 8 % de la population, détiennent une assurance maladie privée pour contourner la lourdeur d’un système financé par l’impôt.

Au Portugal, pays dont les revenus sont inférieurs à la moyenne européenne et où la pression fiscale pesant sur les familles figure parmi les plus élevées de l’UE par rapport aux revenus, la fermeture récurrente de services d’urgence et de maternités a conduit plus de 35% de la population à souscrire une assurance privée. Malgré des difficultés financières, de nombreuses familles paient de leur poche simplement pour obtenir des soins de base.

Ce modèle de santé, le modèle Beveridge, fonctionne comme un monopole d’État. Ce faisant, la planification centrale démontre que la suppression des mécanismes de prix n’élimine pas la rareté ; elle se contente de rationner les soins par le biais de listes d’attente et de bureaucratie administrative.

Il existe en Europe un autre système de santé, le modèle Bismarck, adopté par des pays tels que les Pays-Bas et l’Allemagne. Bien que fondés sur une assurance sociale obligatoire, les systèmes bismarckiens obtiennent un meilleur accès en favorisant la concurrence entre prestataires publics et privés, en accordant aux patients une plus grande liberté de choix tout en préservant une couverture universelle. Aux Pays-Bas, l’assurance de base s’achète auprès d’assureurs privés en concurrence. En Allemagne, les patients peuvent librement choisir leur caisse maladie et leur médecin. Selon des données récentes, seulement 0,3% des patients néerlandais et 0,6% des patients allemands se passent de soins en raison des listes d’attente.

Dans les systèmes bismarckiens, la viabilité à long terme dépend d’un complément privé qui évite les goulots d’étranglement de capacité. En revanche, dans les pays qui s’accrochent à la rigidité du modèle Beveridge, le résultat concret est de payer deux fois : les Européens financent d’abord, par des impôts élevés, un service public qui ne les soigne pas à temps, puis paient de leur poche une assurance privée.

Dans les faits, c’est la promesse utopique du monopole étatique elle-même qui pousse les citoyens vers le marché libre. La croissance du secteur privé de la santé en Europe n’est pas une offensive idéologique contre le filet de sécurité sociale, mais la conséquence inévitable de ses limites structurelles.

Tandis que les idéologues et les législateurs de Washington continuent de présenter le financement public de l’assurance maladie comme une solution progressiste, l’expérience européenne offre une leçon économique : la rareté ne disparaît pas parce qu’on interdit le marché ; elle change seulement de forme. Lorsque l’État assume un monopole de financement, l’allocation des ressources cesse de répondre à la demande réelle des patients et se gère plutôt selon des critères budgétaires et administratifs, avec des effets négatifs non seulement sur la santé, mais aussi sur la productivité économique d’ensemble.

L’essor du privé en Europe est le fruit d’une nécessité pratique. Recourir aux soins privés après avoir déjà payé des impôts élevés, c’est la manière dont des millions de familles tentent de protéger leur santé lorsque le système public les soumet à des mois d’attente.

Les États-Unis devraient promouvoir ce que l’Europe commence seulement à redécouvrir : la concurrence et la liberté de choix demeurent les meilleures garanties d’accès, d’efficience et de qualité.

Originellement publié en anglais sur fee.org .

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Dernière modification: 11 septembre 2026