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L'importance de l'opportunité


L'opportunité d'améliorer son sort, plus que la richesse elle-même, est source de bonheur.
Auteur: Madsen Pirie
Publié: 10 septembre 2026
L'importance de l'opportunité

Certaines études ont montré que les gens sont plus heureux lorsqu'ils ont l'opportunité d'améliorer leur sort. Des sociétés riches mais statiques pourraient être moins heureuses que des sociétés moins riches, mais plus mobiles socialement. Cela met en lumière l'importance de ce qu'Adam Smith a décrit comme “l'effort uniforme, constant et ininterrompu de tout homme pour améliorer sa condition”.

Cette observation va à l'encontre de deux orthodoxies à la fois : la fixation de la gauche redistributrice sur les résultats (outcomes), et la fixation parfois réflexe des populistes sur la protection de la position de ceux qui sont déjà “arrivés”. La phrase de Smith est pertinente, parce qu'elle situe la source de la prospérité dans l'effort individuel plutôt que dans telle ou telle distribution de la richesse. Une société peut être riche, et pourtant stagnante, si cet effort n'a nulle part où aller.

Le phénomène de l'adaptation hédonique suggère que la richesse absolue procure moins de bonheur que les gens ne s'y attendent, parce que les individus et les sociétés s'ajustent à un niveau de vie donné, puis mesurent leur satisfaction à l'aune de la trajectoire, et non du niveau.

C’est pourquoi le niveau de bonheur des gagnants du loto tend souvent à revenir à son niveau antérieur et pourquoi certaines sociétés durablement moins riches mais plus mobiles déclarent une plus grande satisfaction dans la vie que des sociétés plus riches, mais plus sclérosées. Le mécanisme semble être celui-ci : les gens sont plus heureux quand ils sentent que leur propre effort produit des résultats visibles, et non lorsqu'on leur a simplement alloué davantage.

Il ne s’agit pas ici de plaider pour l’égalité des chances, malgré les appels quasi constants en sa faveur. L'égalité des chances, telle qu'on la brandit d'ordinaire, fait passer en fraude une ambition nivelante. Elle implique que l'État devrait organiser des conditions de départ identiques, ce qui devient vite un argument pour redistribuer les atouts de départ, comme l’héritage, éducation, avantages familiaux, plutôt que de seulement dégager les obstacles.

Ce que je propose se rapproche davantage de l'opportunité comme absence de blocage. Personne n'a besoin de partir à égalité ; il suffit que le chemin soit ouvert et que l’effort soit récompensé. C'est une position plus smithienne et plus nozickienne que celle que le camp de l'égalité des chances avoue d'ordinaire tenir.

Cela a des implications politiques, et quelques axes en découlent assez directement. Les incitations marginales sur le chemin de l'ascension importent davantage que les niveaux au sommet. Si c'est l'effort qui engendre le bonheur et la prospérité, l'échec politique le plus aigu n'est pas que certains soient riches, mais que l'effort pour passer de pauvre à un peu moins pauvre soit puni. Les taux de réduction des prestations qui créent des taux marginaux effectifs d'imposition de 70 à 90 % pour ceux qui quittent l'aide sociale pour travailler sont une agression directe contre “l'effort pour améliorer sa condition”. C'est un argument plus fort et plus ciblé que la critique habituelle de l'imposition des tranches supérieures.

Ce sont les barrières à l'entrée qui sont l'ennemi, non l'inégalité elle-même. Les autorisations d'exercice professionnel, les restrictions d'urbanisme qui bloquent la construction de logements là où sont les emplois, et les protections des acteurs déjà en place, tout cela fige la distribution actuelle en rendant coûteux ou illégal, pour les nouveaux entrants, de gravir les échelons par la concurrence. Un programme politique fondé sur le principe d'opportunité donnerait la priorité à la suppression de ces obstacles par rapport à tout dispositif redistributif.

La mobilité géographique et sociale, et non le coefficient de Gini, devient le test d'une société en bonne santé. Il faut examiner le degré de fluidité de la mobilité intergénérationnelle des revenus, les taux de création d'entreprises, et la facilité de se déplacer d'une région ou d'un métier à l'autre, plutôt que de se limiter à des instantanés de la répartition des revenus.

Il faut se méfier des politiques qui plafonnent le sommet au nom de l'équité. L'impôt sur la fortune et les droits de succession punitifs n'ouvrent d'opportunité à personne ; ils abaissent simplement un plafond. Ils ne sont pas seulement coûteux économiquement, ils sont à côté de la plaque, puisque l'objet n'est pas de comprimer la distribution.

Il faut protéger le dynamisme, y compris contre ceux qui sont déjà “arrivés”. Cela va autant à l'encontre du protectionnisme et de la réglementation favorable aux insiders qu'à l'encontre du socialisme. Une société riche qui a cessé de produire de nouvelles voies d'ascension, du fait d’une réglementation trop complaisante, qui protège les entreprises et les richesses existantes, est susceptible de souffrir ce malheur stagnant que nous cherchons à écarter.

C'est l'opportunité qui compte, pas l'égalité.

Madsen Pirie (Adam Smith Institute)

Illustration : Florian Glawogger (@flogla) - Unsplash

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Dernière modification: 10 septembre 2026