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L’épargne française est abondante mais peu productive


Les ménages français affichent un taux d’épargne record, mais privilégient des placements peu rémunérateurs.
Auteur: Nathalie Janson
Publié: 17 septembre 2026
L’épargne française est abondante mais peu productive

Nathalie Janson est professeure associée à Neoma Business School et présidente du think-tank Génération Libre.

Les Français figurent parmi les champions de l’épargne. Selon l’étude publiée en mai 2026 par la Fédération bancaire française, leur taux d’épargne s’élevait encore à 17,5 % du revenu disponible au quatrième trimestre 2025, contre une moyenne de 15 % depuis 2000. En 2025, les ménages ont ainsi dégagé un flux d’épargne brute de 353 milliards d’euros. Cette prudence constitue indéniablement une force. Mais l’usage qui est fait de cette épargne révèle un paradoxe : les Français épargnent beaucoup, tout en privilégiant les placements les moins risqués et, par conséquent, les moins rémunérateurs.

L’enquête réalisée par J.P. Morgan Asset Management auprès de 2 000 Français et publiée en Septembre 2026 est particulièrement éclairante. En dehors de leur épargne de précaution, 35 % des personnes interrogées déclarent conserver la majeure partie de leur épargne sur des comptes ou des livrets, tandis que 15 % seulement la détiennent principalement en actions ou en parts sociales. Plus de 30 % des Français ne possédant pas d’actions invoquent la peur du risque et de perdre de l’argent et près d’un quart n’a même jamais envisagé ce type d’investissement.

Cette prudence s’accompagne parfois d’une mauvaise perception du couple rendement-risque. Les personnes interrogées sont plus nombreuses à penser que les comptes et livrets procurent, à long terme, un meilleur rendement que les actions. Or, si les marchés financiers fluctuent et n’offrent aucune garantie en capital, leur rendement historique sur longue période est supérieur - souvent estimé entre 7,5% et 8,5% en terme nominal au niveau mondial (soit 5,5% à 6,5% en termes réels) - à celui des placements liquides et sécurisés.

Malheureusement, la fiscalité renforce l’orientation des arbitrages. En France, le Livret A, le LDDS (livret de développement durable et solidaire) et le LEP (livret d’épargne populaire) bénéficient d’une exonération d’impôt et de prélèvements sociaux. Cet avantage renforce l’attractivité de produits parfaitement liquides et garantis, même lorsque leur rémunération demeure faible.

À la fin de l'année 2025, l’épargne réglementée atteignait ainsi 947,5 milliards d’euros, soit 14 % du patrimoine financier des ménages. En avril 2026, le Livret A et le LDDS représentaient à eux seuls 610,3 milliards d’euros, avec un taux fixé à 1,5 %.

Evidemment, ces sommes servent l’économie. En effet, les dépôts constituent une ressource essentielle pour les banques et contribuent au financement du logement et des entreprises par le crédit. Cependant, le financement bancaire n’a pas vocation à prendre des risques comme supporter les pertes potentielles inhérentes aux projets les plus innovants.

Les start-up, les technologies émergentes et les entreprises en forte croissance ont besoin de capitaux propres, donc d’investisseurs acceptant une part de risque. En surprotégeant fiscalement l’épargne liquide, la France réduit l’orientation de son capital vers ces projets. Les ménages se pénalisent ainsi doublement : ils renoncent à une partie du rendement de long terme et privent l’économie productive des fonds propres nécessaires à l’innovation.

L’enjeu n’est donc pas d’épargner davantage, mais de transformer davantage d’épargnants en investisseurs.


Illustration : Towfiqu barbhuiya

  1. Fédération bancaire française, L’épargne des ménages un canal de financement de l’économie, mai 2026. https://www.fbf.fr/uploads/2026/05/Lepargne-des-menages-Mai-2026.pdf
  2. J.P. Morgan Asset Management, De l’épargnant à l’investisseur une opportunité pour la France, 2026. https://www.boursorama.com/bourse/actualites/j-p-morgan-am-pointe-la-meconnaissance-des-francais-sur-l-investissement-en-actions-1e4e4fb5788f734acb37f6a4b2ab2ef2
  3. UBS, Global Investment Returns Yearbook 2025, entre 1900 et 2024. https://www.ubs.com/global/en/investment-bank/insights-and-data/2025/global-investment-returns-yearbook-2025.html
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Dernière modification: 17 septembre 2026