Nvidia rachète Hugging Face, entreprise fondée par des Français, pour 12,9 milliards de dollars
La transaction est un nouveau symptôme de la faiblesse de l'écosystème technologique européen.

Le 3 septembre 2026, Jensen Huang, président du géant technologique Nvidia, a annoncé l'accord d'achat de Hugging Face, société new-yorkaise fondée par trois Français, pour un total de 12,93 milliards de dollars.
Bloomberg, après l'annonce du rachat, chiffre la part de chaque fondateur à environ 1,8 milliard de dollars. L'opération doit se clôturer au premier semestre 2027, les trois fondateurs resteront dans l'entreprise.
Une licorne incubée en Europe
Hugging Face est une plateforme qui permet de publier, de télécharger et d’exécuter des modèles d'intelligence artificielle, ainsi que les données et les applications associées. Elle héberge plus de 3 millions de modèles, 500 000 jeux de données et 1 million d'applications, utilisés par plus de 18 millions de développeurs et plus de 200 000 entreprises.
La société a été fondée en 2016 par trois Français : Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf. Chaumond et Wolf sont d'anciens polytechniciens, Delangue, lui, vivait déjà aux États-Unis.
L'histoire de l'entreprise commence en France, à Station F. C'est là que l'entreprise a “incubé”, c'est à dire qu'elle a rejoint, dès 2017, le campus situé dans l'ancienne gare d'Austerlitz à Paris. Dans ce cadre, Hugging Face a bénéficié de programmes d'accompagnement avec Microsoft, Ubisoft ou encore Naver, d'un accès à des mentors, à des investisseurs et à une communauté dense de fondateurs et d'ingénieurs, tout en profitant de bureaux et des infrastructures sur place.
Hugging Face est l’une des premières entreprises “incubées” à Paris à avoir atteint le statut de licorne, c'est à dire à atteindre une valorisation d'au moins 1 milliard de dollars.
Pourtant, dès la première année de sa création, la société a été constituée à New York et non à Paris. La raison expliquée par Thomas Wolf en 2023 lors d’une interview sur BFMTV est que les fonds de capital-risque européen ne souhaitaient pas financer le concept initial derrière Hugging Face : celui de créer un ami virtuel pour adolescents.
L’entreprise a donc fait le choix des États-Unis pour se développer. Depuis 2016, l'entreprise a ainsi réussi à lever plusieurs centaines de millions de dollars de financement, dont un tour de 235 millions de dollars en 2023. Parmi les investisseurs se trouvaient Salesforce Ventures, Google, Amazon, IBM et Nvidia. En 2023, Hugging Face était valorisée à 4,5 milliards de dollars, et à 12,93 milliards de dollars en 2026.
En faisant ce choix des États-Unis dès le début, les fondateurs ont décidé que l'entreprise serait financièrement et juridiquement américaine et non française par nécessité de financement et de gouvernance.
L’Europe perd ses fleurons technologiques
Ce n'est pas la première fois qu'un géant américain rachète un fleuron technologique fondé par des Européens.
Ce rachat prolonge une dynamique démarrée il y a maintenant plus de dix ans avec l'acquisition en 2014 de l'entreprise anglaise DeepMind par Google. À l'époque, les fondateurs de DeepMind expliquaient déjà la raison de cette vente par des difficultés à lever des fonds en Europe pour rester compétitifs face aux géants américains. Demis Hassabis, cofondateur de DeepMind, a ainsi estimé qu'il aurait fallu environ 7 milliards de dollars d'investissement pour demeurer compétitifs.
A Londres, l’entreprise ne parvenait à lever que 10 millions de dollars lors de ses tours de financement. Ils expliquaient également les leviers (hauts salaires, packages d'actions) qu'utilisaient les entreprises américaines pour attirer à elles les salariés de l'entreprise londonienne, avec des offres pouvant atteindre plusieurs dizaines de millions de dollars par an pour certains chercheurs.
Le rachat de Hugging Face en 2026 s'inscrit donc dans une tendance plus large, celle où l'Europe est capable de former parmi les meilleurs entrepreneurs et ingénieurs au monde. Cependant, elle est ensuite incapable de les garder. La raison principale demeure la difficulté à investir des quantités de capitaux comparables à celles des États-Unis
Notons également l'absence en Europe de géants technologiques déjà établis qui peuvent se porter acquéreurs des jeunes licornes pour leur permettre de continuer leur croissance en leur fournissant le capital et l'expertise nécessaire. Cette absence d’un tissu technologique européen comparable à celui des États-Unis incite les fondateurs européens à privilégier une introduction en bourse outre-Atlantique ou une cession à un acteur américain pour réaliser leurs gains.
L’absence d’un cadre européen favorable
Les récentes réglementations et normes autour de l'IA viennent également freiner l'émergence de nouvelles entreprises technologiques en Europe. L'AI Act, entré en vigueur depuis 2024, se veut être le premier cadre réglementaire au monde consacré à l'intelligence artificielle. Ce cadre européen classe les systèmes d'IA selon leur niveau de risque supposé et impose en conséquence des obligations strictes en matière de transparence, de robustesse, de documentation et de gouvernance aux entreprises de ce milieu.
De nombreux entrepreneurs dénoncent un empilement de règles provoquant des coûts de conformité difficilement supportables pour les jeunes entrepreneurs et innovateurs européens qui souhaiteraient se lancer dans ce milieu. Ce cadre réglementaire produit un effet contre productif : il favorise les géants américains ayant les capacités de s’y conformer (financièrement et juridiquement) et freine l'émergence d’une concurrence européenne. Selon plusieurs entrepreneurs, ce cadre consolide indirectement l’emprise monopolistique de certaines entreprises américaines sur l’IA.
Fait nouveau, on remarque désormais un souhait des jeunes fondateurs de quitter le vieux continent pour directement créer leur entreprise aux États-Unis. Arthur Mensch, cofondateur et PDG de Mistral AI, a ainsi alerté en 2026, devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale en mai 2026, sur un “environnement hostile” poussant les talents à s'exiler. Ces pertes d’opportunité pour l’Europe sont moins visibles et plus difficilement quantifiables que les rachats de DeepMind ou Hugging Face, mais elles seront bien réelles et sont régulièrement cités par les acteurs du secteur pour alerter les autorités.
Illustration : Ambre Estève (@ambresteve)
- Jensen Huang, NVIDIA to Acquire Hugging Face, 3 septembre 2026. https://blogs.nvidia.com/blog/nvidia-to-acquire-hugging-face/ ↩
- Hugging Face’s 3 French founders become billionaires after Nvidia’s $13 billion acquisition, Moneycontrol, 3 septembre 2026. https://www.moneycontrol.com/artificial-intelligence/hugging-face-s-3-french-founders-become-billionaires-after-nvidia-s-13-billion-acquisition-article-14022237.html ↩
- Hugging Face becomes the first STATION F Alumni to hit unicorn status, Station F, 10 mai 2022. https://stationf.co/news/hugging-face-becomes-the-first-station-f-alumni-to-hit-unicorn-status ↩
- Thomas Wolf, interview BFM / Tech&Co, 17 mars 2023 https://www.bfmtv.com/tech/intelligence-artificielle/l-ia-devrait-etre-une-sorte-de-bien-commun-hugging-face-les-francais-au-coeur-de-la-revolution_AV-202303170022.html ↩
- Hugging Face boucle une levée de fonds de 235 millions de dollars, Planet Grandes Écoles. https://www.planetegrandesecoles.com/hugging-face-levee-de-fonds ↩
- Google AI CEO Demis Hassabis on why DeepMind sold to Google: The Atari work alerted the Silicon Valley, and they came after my people, The Times of India, 27 juillet 2026. https://timesofindia.indiatimes.com/technology/tech-news/google-ai-ceo-demis-hassabis-on-why-deepmind-sold-to-google-the-atari-work-alerted-the-silicon-valley-and-they-came-after-my-people/articleshow/132653736.cms ↩
- The AI brain drain: Why Europe can’t keep the talent it trains, Euronews, 29 janvier 2026. https://www.euronews.com/my-europe/2026/01/29/the-ai-brain-drain-why-europe-cant-keep-the-talent-it-trains ↩
- Politico Europe, Startups side with Draghi: EU red tape hampers growth, 21 novembre 2024. https://www.politico.eu/article/eu-tech-scene-denounces-ai-data-rules-bad-for-growth-meta-google-survey-gdpr ↩
- AI sovereignty, a trillion euros and “vassal state”: what Arthur Mensch said, Angelo Lima, 15 mai 2026. https://angelo-lima.fr/en/arthur-mensch-mistral-ai-national-assembly-hearing-en/ ↩