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Étude européenne : les pays à faible imposition favorisent l’économie de la connaissance


Les petits pays européens, moins taxés, ont davantage d'emplois à forte intensité de connaissance.
Auteur: Nima Sanandaji
Publié: 16 octobre 2026
Étude européenne : les pays à faible imposition favorisent l’économie de la connaissance

Cet article présente les résultats de l’étude « Brain Business Jobs » menée par Nima Sanandaji, directeur de l’European Centre for Entrepreneurship and Policy Reform (ECEPR), et Klas Tikkanen, directeur des opérations de Nordic Capital.

Depuis 2017, nous conduisons une étude menée dans 34 pays et 244 régions d’Europe qui mesure la part des adultes qui occupent des emplois technologiques à très forte intensité de connaissances, autrement dit, des fonctions qui reposent largement sur l’expertise, la technologie et la recherche, ainsi que sur le traitement avancé de l’information et sur des compétences cognitives.

Les résultats sont très clairs. En Europe, les pays où les impôts sont plus bas concentrent davantage d’emplois à forte intensité de connaissances, et c’est aussi chez eux que se créent les nouveaux emplois de ce type.

La cartographie des emplois « brain business », c’est-à-dire les emplois à très forte intensité de connaissances, suscite un intérêt croissant de la part des gouvernements nationaux et régionaux, des enseignants, des chercheurs, des chambres de commerce et des entreprises à travers l’Europe. Les gouvernements irlandais et estonien, par exemple, se sont appuyés sur notre indice Brain Business Jobs pour planifier leur politique d’innovation. Les gouvernements nordiques l’ont également utilisé. L’indice a aussi une portée mondiale, puisqu’il figure dans la bibliographie de cours universitaires dans des pays comme l’Inde et le Mexique, où il permet de comprendre l’évolution de l’économie européenne.

Deux facteurs aident à déterminer quels pays européens comptent la plus forte proportion d’adultes occupant des emplois à forte intensité de connaissances : le nombre d’adultes qui travaillent comme ingénieurs et scientifiques, car ces deux métiers sont étroitement liés à la part des adultes occupant de tels emplois, et les taux d’imposition du pays. Ces deux facteurs montrent que les pays où les impôts sont plus élevés comptent moins de travailleurs dans des postes à forte intensité de connaissances que les pays où ils sont plus bas.

La Suède en est le meilleur exemple. Elle compte la plus forte proportion d’adultes ingénieurs et scientifiques, mais se classe seulement troisième en Europe pour la part d’adultes occupant des emplois « brain business », car tous les ingénieurs et scientifiques n’exercent pas de fonctions à forte intensité de connaissances. La Suisse occupe la première place dans toutes les éditions de l’indice Brain Business Jobs et l’Irlande a dépassé la Suède ces dernières années pour prendre la deuxième place.

L’Europe est un marché de plus en plus intégré et, conformément à la théorie économique, la croissance se produit là où les opportunités sont les meilleures. Ainsi, à mesure que la réglementation des entreprises s’allège peu à peu dans l’Union européenne et dans les pays voisins, la croissance se déplace vers les lieux où les impôts sont plus bas, où l’environnement est plus favorable aux entreprises et où les talents sont disponibles à des prix compétitifs.

C’est à Chypre que la part des adultes occupant des emplois « brain business » a le plus augmenté, avec une hausse de 159% entre 2014 et 2026. Au Portugal et en Croatie, elle a plus que doublé, et en Lituanie, en Pologne, en Bulgarie, en Roumanie, à Malte et en Estonie, elle a progressé de plus de 75%.

Le Royaume-Uni s’en sort relativement bien, mais dans l’ensemble, les grands pays européens stagnent et comptent peu d’adultes occupant des emplois « brain business ». Ce sont au contraire des pays plus petits, où les impôts sont plus bas, qui se hissent en tête. Comme indiqué plus haut, Malte, les Pays-Bas, l’Estonie et Chypre font partie des pays qui comptent un nombre élevé d’emplois « brain business ». Les emplois à forte intensité de connaissances y ont tellement progressé qu’ils représentent désormais 10% de l’ensemble des emplois.

Les capitales de quatre pays d’Europe centrale et celle du Portugal attirent de nombreux nomades numériques. On y trouve des emplois, un marché du logement et du travail relativement libre, une fiscalité compétitive et une abondance d’emplois à forte intensité de connaissances.

En France, la région parisienne compte environ 1,1 million d’emplois « brain business ». C’est bien plus que dans n’importe quelle autre région d’Europe, simplement parce que Paris est une ville très peuplée. Cependant, la part des adultes qui y occupent ces emplois s’établit à 14,6%, ce qui la place au 19e rang européen. Londres se classe 16e, avec 14,8% d’adultes dans des emplois « brain business », et Stockholm, avec 17,9%, a reculé au fil du temps de la 2e à la 9e place. En tête figurent Bratislava (24,8%), Prague et Budapest (22,2%), Lisbonne (20,5%) et Bucarest (19,9%).

L’histoire de l’Europe est avant tout celle d’une concurrence institutionnelle, et cette histoire se répète sans cesse au fil des siècles. Les grandes économies européennes stagnent, qu’il s’agisse de la croissance en général ou, comme on l’a vu, de la croissance des emplois « brain business » à forte intensité de connaissances en particulier.

On pourrait en conclure que l’Europe ne progresse plus. Pourtant, des progrès considérables sont réalisés dans les petits pays européens, qui associent généralement une fiscalité plus basse, un progrès économique plus marqué et un capital humain en hausse dans leurs régions métropolitaines.

Dans un marché européen de plus en plus intégré, la croissance se déplace là où la pression fiscale est plus faible, où le capital humain est plus disponible et où les salaires sont plus compétitifs. Il en résulte une concurrence institutionnelle entre régions et pays pour offrir les meilleures conditions, ce qui pousse à la réforme, même dans les grands pays européens.

L’évolution de la géographie des emplois à forte intensité de connaissances en Europe montre à quel point il est important de créer un climat fiscal et réglementaire favorable. Les régions où une part plus importante d’adultes occupent des emplois « brain business » affichent en moyenne un chômage plus faible, car ces emplois sont essentiels dans un monde de plus en plus technologique et stimulent également la création d’autres emplois, dans les services locaux comme chez les fournisseurs de ces entreprises « brain business ».

Selon la théorie économique, les grands pays bénéficient d’économies d’échelle. L’exemple de l’Europe montre que les petits pays qui misent au contraire sur des politiques fiscales compétitives et favorables aux entreprises peuvent compenser cet effet, voire dépasser les plus grands, surtout si ceux-ci privilégient des impôts élevés et un contrôle étatique rigide.

Article original : « Lower Taxes Lead to Knowledge Gains », Nima Sanandaji et Klas Tikkanen, FEE.org. Traduction française : Libertis.

  1. Note du traducteur : cet article s’appuie sur le rapport de Nima Sanandaji, « The Geography of Europe’s Brain Business Jobs: 2026 Index », publié par l’European Centre for Entrepreneurship and Policy Reform (ECEPR) et consultable en ligne : https://www.ecepr.org/_files/ugd/d614be_947dd452cc7f4ea2b2d46695cd8d8b0d.pdf. Il s’agit de la neuvième édition de cet indice, dont les travaux ont commencé en 2017. Il mesure, dans 34 pays européens et 244 régions, la part de la population en âge de travailler (20 à 64 ans) employée dans des entreprises à très forte intensité de connaissances. Les emplois « brain business » y sont répartis en douze sous-catégories, regroupées en quatre grands domaines : le secteur technologique, les technologies de l’information et de la communication, les services avancés et les métiers créatifs. Les données proviennent principalement des statistiques structurelles sur les entreprises publiées par Eurostat. ↩
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Dernière modification: 16 octobre 2026
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