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En France et en Espagne, les manifestants en colère contre les échecs de l'État réclament davantage d'État


La crise de l'éducation en France et la pénurie de logements en Espagne ne pourront pas être résolues par une intervention toujours plus importante de l'État.
Auteur: Reem Ibrahim
Publié: 29 octobre 2026
En France et en Espagne, les manifestants en colère contre les échecs de l'État réclament davantage d'État

Ces dernières semaines, des manifestations lycéennes ont déferlé sur la France, et vendredi, les manifestants ont promis de poursuivre le mouvement, 141 établissements scolaires restant fermés dans tout le pays.

Les manifestations ont débuté le 21 septembre au lycée Saint-Exupéry, en banlieue parisienne, pour protester contre le manque de personnel et de moyens. Les élèves se sont joints aux enseignants de l'établissement en grève, déclenchant ainsi des manifestations de plus en plus violentes dans tout le pays. Un garçon de 15 ans a eu la main arrachée devant un lycée de Lens, dans le nord de la France, et un chef d'établissement a été aspergé d'essence.

La France n'est pas le seul pays européen à connaître actuellement des troubles intérieurs. Des milliers d'Espagnols sont descendus dans la rue pour protester contre la crise du logement que traverse le pays, après qu'une femme de 87 ans, décédée depuis, a été expulsée de son logement à Madrid faute de pouvoir suivre la hausse rapide des loyers. Ces manifestations ont conduit le chef du gouvernement, Pedro Sánchez, à convoquer des élections anticipées.

Ces crises, sans lien apparent, ont toutes deux été déclenchées par des échecs manifestes des politiques publiques. Mais, dans les deux cas, les manifestants ont cherché à y remédier en réclamant davantage d'action de la part de l’État.

Le système scolaire français est très centralisé. L'État est responsable du recrutement, de l'affectation et de la rémunération du personnel ainsi que des programmes, tandis que les collectivités territoriales sont chargées de l'entretien des bâtiments. L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a constaté que les établissements français disposent de moins d'autonomie que ceux de nombreux autres pays développés et a recommandé de leur accorder davantage de maîtrise sur leur fonctionnement. En effet, un rapport de l'OCDE de 2020 a établi que plus de la moitié des décisions concernant le collège étaient prises en France au niveau central (contre environ un quart dans l'ensemble de l'OCDE), tandis que seules 10% l'étaient au niveau des établissements.

En France, le système de la carte scolaire empêche les parents de choisir librement l'établissement que fréquentent leurs enfants. Celui-ci leur est attribué par l'administration en fonction de leur lieu de résidence. Les familles peuvent toutefois demander une dérogation ou se tourner vers l'enseignement privé sous contrat, qui est fortement réglementé et subventionné par l'État.

Les responsables politiques ont utilisé les manifestations pour réclamer davantage de financement public pour l'éducation. Mais la France dépense déjà plus par élève que certains des systèmes éducatifs les plus performants de l'OCDE, et ses résultats continuent de se dégrader. Plus d'un jeune Français de 15 ans sur trois n'atteint désormais pas le niveau de compétence de base en mathématiques, un chiffre en forte hausse en dix ans ; la proportion d'élèves en difficulté a augmenté de 12 points en mathématiques et de 11 points en lecture depuis 2015. Les résultats de la France en 2025 au Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l'OCDE, qui mesure les compétences en mathématiques, en sciences et en lecture, sont « parmi les plus faibles jamais relevés » et sont significativement inférieurs à ceux observés dix ans plus tôt.

L'OCDE elle-même estime que les dépenses d'éducation de la France offrent « des marges de gains d'efficience ». Nicolas Marques, de l'Institut économique Molinari, d'orientation libérale, suggère que la réponse ne consiste pas simplement à dépenser davantage, mais à accroître l'autonomie des établissements, notamment en leur donnant davantage de maîtrise sur le recrutement des enseignants, leur fonctionnement interne et les méthodes pédagogiques.

Le problème éducatif de la France se heurte à la crise plus générale des finances publiques. L'énorme facture des retraites (la France consacre désormais environ 14% de son PIB aux pensions) et un déficit budgétaire croissant, qui a atteint 5,8% du PIB en 2024, ont contraint le gouvernement à réaliser des économies ailleurs, tandis que la hausse du coût de l'emprunt réduit progressivement les marges de manœuvre budgétaires. Si la situation économique française est particulièrement aiguë, la hausse des dépenses publiques liées aux retraites est un problème auquel une grande partie de l'Europe est confrontée.

La crise du logement en Espagne est, de la même manière, un problème d'État hypertrophié. Comme l'a constaté la Banque d'Espagne, le pays a accumulé de 2021 à 2025 un déficit d'environ 750 000 logements, car le nombre de nouveaux ménages dépasse constamment celui des logements construits. Rien qu'en 2024, quelque 240 000 nouveaux ménages se sont formés, alors que 92 000 logements seulement ont été achevés. Le marché locatif souffre lui aussi d'un énorme déficit d'offre : les locations de longue durée ont reculé de 33% dans l'ensemble de l'Espagne entre 2019 et 2024, dont 46% à Madrid et 75% à Barcelone.

« En matière de logement, [les politiques publiques] ont créé cette crise », affirme Diego Sánchez de la Cruz, directeur des études de l'Instituto Juan de Mariana, en Espagne. « Qui dit encadrement des loyers dit pénurie, et c'est en substance ce qui s'est produit. »

L'Espagne a progressivement durci la réglementation des loyers au cours des dernières années. La Catalogne a instauré un encadrement des loyers en 2020, et la loi espagnole sur le logement de 2023 a permis aux pouvoirs publics de désigner des « zones tendues », où les nouveaux loyers peuvent être plafonnés selon un indice de référence établi par l'État. Si les loyers ont d'abord baissé dans les zones encadrées, les propriétaires ont de plus en plus basculé leurs biens vers des baux saisonniers et temporaires, hors du régime classique d'encadrement des loyers, ce qui a conduit le gouvernement à durcir encore les règles.

La réponse politique a pourtant été de persister dans cette voie. Plutôt que de libéraliser le marché du logement pour permettre une hausse de l'offre, les responsables politiques continuent de réclamer un affaiblissement encore plus poussé du droit de propriété, laissant entendre, selon les mots de Sánchez de la Cruz, que « la propriété privée devrait être… ignorée au nom d'un simple logement gratuit pour tous ».

Roxana Nicula, directrice générale de Fundalib, un think tank espagnol d'orientation libérale, estime que les manifestations sont une réaction à « une véritable crise de pénurie », mais qu'elles « sont clairement instrumentalisées à des fins électorales ». Selon elle, cela finira par donner du poids aux extrêmes, à gauche comme à droite.

En France comme en Espagne, les gens ont raison d'être en colère face aux échecs de l'État. Mais ils se trompent en supposant que davantage d'intervention de l'État est la solution.

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Article original : « Protesters in France and Spain are angry at government failure, and demanding more government ». Reem Ibrahim, Reason. Traduction française : Libertis.

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Dernière modification: 29 octobre 2026
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