Wednesday, October 28, 2026
LIBERTISHome of the free European
AboutNewsletter🌐 EN
🌐 EN
Home of the free European
Décryptages • Article • FR

Baisser les taxes sur le carburant bénéficierait à tous, même aux comptes de l'Etat


Maintenir une fiscalité asphyxiante sur le carburant au nom d'un équilibre budgétaire accélère l'appauvrissement et contribue à creuser les déficits publics.
Auteur: Damien Theillier
Publié: 26 octobre 2026
Baisser les taxes sur le carburant bénéficierait à tous, même aux comptes de l'Etat

La situation internationale des derniers mois, notamment la guerre en Iran, a provoqué une augmentation des prix des produits pétroliers. Mais contrairement à ses voisins européens, l'Espagne, l'Allemagne ou l'Italie, la France a refusé de baisser les taxes sur les hydrocarbures, privilégiant des aides ciblées comme le chèque pour les grands rouleurs, ce qui la place aujourd'hui parmi les pays où le carburant est le plus cher en Europe.

Face à l'exaspération légitime des citoyens devant le prix de l’essence, la ligne de défense du président, du gouvernement et de toute la classe politique française se résume à une litanie répétée à l'envi : « La France n’a pas les moyens de baisser les taxes ».

En surface, l’argument fonctionne à merveille. Face à des caisses publiques désespérément vides et un déficit budgétaire abyssal, le bon sens populaire semble commander d'engranger chaque euro disponible. Renoncer à une recette fiscale immédiate serait, nous dit-on, totalement irresponsable.

Ce raisonnement purement comptable souffre pourtant d'un vice caché.

Le faux bon sens gouvernemental

Comme le démontre avec force Pierre Chasseray, délégué général de l'association 40 millions d'automobilistes, cette posture relève d'un conformisme politique particulièrement destructeur. En confondant recette fiscale théorique et dynamique économique réelle, le gouvernement commet une erreur d'analyse fondamentale : loin de juguler le déficit, la sur-fiscalité du carburant étouffe le pouvoir d'achat, paralyse les échanges et finit, tel un effet boomerang, par creuser les pertes de l'État. Chasseray retourne d’ailleurs la formule officielle : « La France n'a plus les moyens de ne pas baisser les taxes ».

L'argumentation ministérielle offre un cas emblématique de ce sophisme économique magistralement démasqué dès 1850 par Frédéric Bastiat dans son essai célèbre, Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas.

Pour Bastiat, le « mauvais économiste », incarné aujourd'hui par la technocratie budgétaire, ne retient d'une décision que son effet direct et instantané.

Dans le cas présent, « ce que l'État voit », c'est uniquement la recette immédiate, c’est-à-dire le produit brut de la Taxe intérieure de consommation sur les produits “nergétiques (TICPE, dite aussi accise sur les énergies) et de la TVA prélevées à la pompe. En observant fixement cette ligne budgétaire, Bercy conclut qu'une diminution des taux de taxation creuserait un trou équivalent et irrécupérable dans les finances publiques. C’est supposer une économie figée, où les automobilistes continueraient d’acheter comme avant quel que soit le niveau de la spoliation fiscale.

Le bon économiste va plus loin et suit les effets en cascade qui se diffusent dans tout le reste. Pour les carburants, j’en vois trois.

D’abord, dans son chapitre sur l’impôt, Frédéric Bastiat se moque de l’idée que la fiscalité serait une pluie féconde qui irrigue la société. Cette eau, rappelle-t-il, l’impôt l’a d’abord pompée dans le sol, au point de dessécher la terre qui nous nourrit. Pour le dire autrement, recevoir des aides publiques sous forme de chèques et autres dispositifs bureaucratiques de redistribution, c’est comme prendre l’argent dans une poche pour le reverser dans l’autre. La meilleure façon de rendre l’argent au contribuable, c’est de moins lui en prendre.

Ensuite, le pouvoir d’achat. Remplir son réservoir n’a rien d’un loisir : pour beaucoup de gens, c’est la condition pour aller travailler. Chaque euro pris en trop à la pompe est un euro de moins sur le salaire de « Jacques Bonhomme », le citoyen ordinaire. Le vrai pouvoir d’achat, c’est ce que l’État ne vous prend pas.

Enfin, l’activité autour. Privé de cet argent, le citoyen rogne ailleurs, et vite. Ce qui manque à la pompe manque aussi chez le commerçant, l’artisan, le restaurateur. Ce que l’État croit encaisser sur les carburants, il le perd trois fois : la consommation recule, les entreprises tournent moins, et les autres recettes (TVA, impôt sur les sociétés) s’effritent. Finalement, ce que l’État ne voit pas, c’est comment son action asphyxie l’économie.

La courbe de Laffer et la leçon des Reaganomics

L’économiste américain Arthur Laffer a bien analysé cette illusion. Passé un certain seuil, l’impôt décourage l’effort, réduit la matière imposable et fait baisser son propre rendement : « trop d’impôt tue l’impôt ». Quand les taux deviennent prohibitifs, l’activité se contracte si vite que les recettes totales chutent.

La démonstration empirique de ce théorème fut apportée au début des années 1980 lors de l'accession de Ronald Reagan à la présidence des États-Unis. Confronté à une stagflation tenace, une inflation à deux chiffres et un exode massif des créateurs de richesse, Reagan met en œuvre les préceptes de Laffer. La loi fiscale de 1981 réduit l’impôt sur le revenu de 25 % en trois ans et ramène le taux marginal supérieur de 70 % à 50 %. La réforme de 1986 le fait descendre à 28 %. On a retenu sous le nom de Reaganomics la forte reprise qui a suivi, avec le retour de la croissance et une économie de nouveau attractive.

En s’obstinant à surtaxer la mobilité, les pouvoirs publics français plombent la consommation et tarissent les ressources mêmes qu’ils prétendent sécuriser.

Inverser la logique économique de l’État providence

Affirmer que la France n'a pas les moyens de baisser ses taxes sur le carburant relève d’un sophisme comptable. Chaque centime de taxe trop perçu assèche le pouvoir d'achat et pèse sur l'activité de nos entreprises. Une baisse massive des prélèvements,de 50 à 70 centimes par litre, ne constituerait pas un sacrifice irresponsable pour l'État, mais le préalable indispensable pour oxygéner les ménages, libérer la consommation globale et assainir durablement les finances de la nation.

Au fond, l’atteinte à la propriété privée par l’impôt est la cause première de l’appauvrissement des Français. Et par conséquent, le seul moyen d’inverser la tendance est de commencer par démanteler ces mécanismes de spoliation légale pour libérer le potentiel individuel de création de richesse, et de laisser chacun travailler et entreprendre librement.


  1. En Espagne : baisse de la TVA de 21 % à 10 %, générant une économie d'environ 20 à 30 centimes par litre. En Allemagne : réduction de la taxe énergétique de 14 à 17 centimes par litre sur l'essence et le diesel, appliquée notamment depuis octobre 2026. En Italie : réduction des droits d'accise entraînant une baisse d'environ 25 centimes par litre, bien que ces aides aient été progressivement réduites pour limiter le coût pour les finances publiques. ↩
  2. Modèle de la Courbe de Laffer et réformes fiscales dites Reaganomics (États-Unis, 1981). ↩
  3. On pourra objecter que Reagan n’aura hélas pas tenu sa promesse de réduire le déficit budgétaire de l’État fédéral lors de ses deux mandats, mais c’est une autre histoire… ↩
France
Espagne
Allemagne
Union Européenne
Énergie
Impôt

Share to:

Dernière modification: 26 octobre 2026
Newsletter
What you'll receive
Pro-freedom updatesLatest articles, cartoons, events...
PrivacyNo ads, no tracking, unsubscribe anytime.