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Erreurs, faux raisonnements et sophismes : Mélenchon à HEC


Le 5 octobre 2026, une étudiante d'HEC demande à Jean-Luc Mélenchon comment il financera son programme. Autopsie de ses réponses.
Auteur: Ulrich Fromy
Publié: 22 octobre 2026
Erreurs, faux raisonnements et sophismes : Mélenchon à HEC

Le 5 octobre 2026, à HEC (l'École des hautes études commerciales de Paris), Jean-Luc Mélenchon ouvre le cycle présidentiel de l'association HEC Débats. Une étudiante l'interpelle avec un exemple simple : une entreprise qui perd durablement de l'argent doit convaincre ses financeurs ou revoir son modèle. Désigner ceux qui doivent payer, dit-elle, ne démontre pas qu'un programme est finançable ; c'est « une promesse financée par l'argent des autres ».

Voici un court inventaire des erreurs et sophismes de sa réponse, qui trahissent un discours profondément malhonnête, malgré son apparence de sérieux.

L'État dépense parce que la monnaie n'a plus d'ancrage au réel

« Quand on voit que l'emprunt Giscard a remboursé presque 50 fois ce qu'il avait emprunté avant, je ne reçois pas de leçons des libéraux sur la manière de construire un budget en équilibre. Les déséquilibres ont été créés volontairement, parce que c'est en déstabilisant l'État qu'on l'oblige à faire des coupes dans les budgets publics. » Jean-Luc Mélenchon (1:36:59)

Selon Jean-Luc Mélenchon, ces déficits ne viendraient pas des dépenses votées, mais d'une manœuvre destinée à imposer des coupes. Or il prend le problème à l’envers. C’est bien l’État qui décide volontairement d’avoir un budget déséquilibré. En effet, le dernier budget de l'État voté en équilibre date de 1974. Depuis, les gouvernements de gauche comme de droite ont tous fait voter des budgets déficitaires, qui permettent à l’État de financer toujours plus de dépenses.

Si l’État est prisonnier d'une spirale infernale de la dette, c’est bien de sa propre faute. C'est lui qui, en 1914, a suspendu la convertibilité-or du franc. C'est ensuite Nixon qui, en 1971, a rendu la chose définitive en arrêtant la convertibilité du dollar américain en or. Depuis le début des années 1970, c’est donc une boîte de Pandore monétaire toujours ouverte qui permet aux États de s’endetter massivement.

Mélenchon mentionne l'emprunt Giscard, mais l'exemple est ici mal utilisé, car cet emprunt lancé en janvier 1973 à 7% était garanti sur l'or. Quand le prix de l'or s'est envolé sur les marchés, l'État n'a pas pu baisser le coût de sa propre dette en la noyant dans l'inflation monétaire. Ainsi, pour 6,5 milliards de francs empruntés sur quinze ans, il a dû rendre, intérêts et capital compris, entre 76 et 92 milliards de francs selon les estimations. C'est 12 à 14 fois la somme empruntée, et non « presque 50 fois ».

Voilà ce que coûte une dette quand elle porte une clause d'indexation sur l'or : elle a un coût réel qui discipline le pouvoir. La dette « perpétuelle » n'existe que parce que la monnaie n'a plus cet ancrage à un étalon monétaire métallique comme l'or.

La productivité progresse, contrairement à ce qu’affirme Mélenchon

« Quelles sont les méthodes [pour réduire les déficits] ? Un, rembourser, je viens de vous le dire. Deux, la guerre […]. Et sinon quoi ? Rien. Une modification de la méthode de production qui permet un soudain et immense développement, permettant des rendements qu'on n'avait pas vus jusque-là. Ce n'est pas le cas dans l'agriculture, c'est l'inverse. Les rendements sont décroissants. Ce n'est pas le cas dans le travail manufacturé, la productivité est bloquée. Alors c'est où ? Ça n'existe pas. Vous ne l'avez pas. Alors il faut arrêter de répéter le catéchisme en espérant que ça finisse par marcher, parce que ça, c'est de la magie. » Jean-Luc Mélenchon (1:39:39)

Deux erreurs factuelles servent ici de prémisses à un raisonnement dont les conclusions sont inévitablement fausses. Les rendements ne sont pas décroissants et la productivité n’est pas bloquée.

Prenons l’exemple des rendements agricoles « décroissants ». Les rendements céréaliers français ont été multipliés depuis l'après-guerre, par la mécanisation, la sélection variétale et la chimie. Le rendement moyen du blé tendre est ainsi passé d'environ 15 quintaux par hectare en 1945 à plus de 70 vers 1995. Il plafonne depuis la fin des années 1990, sous l'effet du climat et d'un usage plus mesuré des engrais et des traitements. Nous avons donc affaire à un plafonnement, en partie choisi par les réglementations, bien différent d’une décroissance contre laquelle le marché ne peut rien faire.

Quant à la productivité, son ralentissement en France depuis la crise sanitaire est réel, et pas uniquement dû à des limitations technologiques et techniques du secteur. La filière attire moins, et beaucoup d'exploitations peinent à trouver des repreneurs. Ce ralentissement est donc multifactoriel, et il n'est en rien un blocage. Autre exemple, dans l'industrie manufacturière, la productivité du travail a progressé de 3,2% par an en moyenne de 1970 à 2014, selon l'Insee. Elle a nettement ralenti depuis 2008, c'est vrai. Mais ce ralentissement peut très bien s'expliquer par le poids des normes, les freins administratifs à l’innovation et un marché du travail trop rigide en France.

Enfin, Jean-Luc Mélenchon semble oublier que le malthusianisme a toujours échoué en économie. Les projections de croissance et de productivité fondées sur l'état présent de nos connaissances et de notre capital se sont toujours révélées fausses. Il en va de même des prédictions de mauvais augure, décroissantes et anticapitalistes, sans cesse invalidées par le réel. Dire que la croissance est bloquée et que le marché a failli, à l'heure de l'intelligence artificielle, l’une des plus grandes révolutions économiques de l’histoire de l’humanité, est irresponsable.

L'aide publique n’en est pas une

« Les entreprises françaises, les grandes, n'investissent pas. L'investissement baisse. Et s'il n'y avait pas l'État pour le faire, il n'y aurait personne. Alors ça suffit de dénoncer l'État. Ça suffit de dénoncer. La seule chose qui, dans ce pays, fait tourner la boîte. S'il n'y avait pas l'État, il n'y aurait pas les très grandes entreprises de notre pays, qui reposent pour une bonne part sur ce qui arrive par ce biais-là. » Jean-Luc Mélenchon (1:40:37)

Cette partie de l’intervention de Jean-Luc Mélenchon mêle trois choses. Tout d’abord, une erreur factuelle, car les entreprises investissent. Ensuite, un faux dilemme, « l'État ou personne ». Enfin, une remarque juste mais qu’il interprète à l’envers. Sur ce dernier point, Mélenchon n'a pas tort : beaucoup de très grandes entreprises françaises vivent en partie de la commande publique, des subventions et de la connivence avec l'État. Mais cet argument n’en est pas véritablement un. Quand l'État investit à la place des entreprises, il le fait avec l'argent des autres, celui du contribuable, sans la sanction des pertes qui oblige un investisseur privé à bien choisir. Donc sans la boussole du calcul économique.

Là où le constat du candidat ne tient pas, c'est qu'en 2025, les entreprises non financières ont investi 364,8 milliards d'euros, soit 21,6% de leur valeur ajoutée, selon l'Insee. Leur investissement est reparti à la hausse (+0,4% en volume) après un léger recul en 2024 (-0,1%). Les entreprises françaises investissent, mais elles le font avec ce que l'État leur laisse, c'est-à-dire pas grand-chose.

Mélenchon demande à l'étudiante si l'on enseigne à HEC qu'une entreprise doit être à l'équilibre « avec ou sans les subventions de l'État ». Il cite ensuite le crédit d'impôt recherche (CIR), dont il préférerait verser l'argent à la recherche publique. Le CIR est la plus coûteuse des niches fiscales : 7,8 milliards d'euros en 2024 et 8,1 milliards estimés pour 2025 par la Cour des comptes. Mais un crédit d'impôt rend une partie de ce que l'État a d'abord prélevé chez le contribuable, et l'État choisit seul à qui il la redistribue. Supprimer le CIR pour financer des laboratoires publics, c'est finalement garder le prélèvement et supprimer sa restitution au marché, fût-elle critiquable et inefficace.

Rendre le salaire complet aux salariés leur rendrait le choix

« Parce que tant que vous aurez besoin de gens pour faire le travail, vous aurez besoin qu'ils soient en bonne santé, donc vous aurez besoin qu'on les soigne, donc vous aurez besoin de la Sécurité sociale [...] C'est du baratin de raconter autre chose, comme ceux qui prétendent rapprocher le salaire brut du salaire net. C'est une escroquerie. Prenez tout le salaire brut et mettez-le dans le salaire net. Qu'est-ce que vous serez ? Des Américains, obligés de mettre à l'épargne pour vous payer vos retraites. Et vous serez dépouillés chaque fois qu'il y aura une crise. Vous serez obligés de vous payer votre système de santé. » Jean-Luc Mélenchon (1:41:30)

Dans ce passage, Jean-Luc Mélenchon évoque quatre choses : le salaire différé, l’épargne, les crises financières et l'assurance santé. Tout d’abord, on retrouve le mythe du salaire différé, qui n'est ni un salaire ni différé. Quand on nous ponctionne arbitrairement une partie de notre salaire, on nous vole par la même occasion les utilisations alternatives qu'on aurait pu faire de celui-ci. On réduit donc notre liberté.

En 2025, pour un célibataire sans enfant payé au salaire moyen, l'impôt sur le revenu et les cotisations sociales représentaient 47,2% du coût du travail en France, 49,3% en Allemagne et 23,0% en Suisse, selon l'OCDE. La moyenne de l'OCDE était de 35,1%. En France, la seule part versée par l'employeur atteignait 26,7% du coût du travail, le plus haut niveau de l'OCDE.

Ensuite, Jean-Luc Mélenchon dénonce le fait que les individus qui doivent préparer leur retraite soient « obligés de mettre à l'épargne ». Épargner n’est pas mauvais en soi, ce n’est d’ailleurs pas une contrainte. Épargner, c'est se constituer un capital en remettant à demain ce que nous aurions consommé aujourd’hui. C’est prévoir, anticiper, envisager le temps long. L’épargne individuelle est précisément ce qui protège quand survient une crise. Une retraite par répartition dépend, quant à elle, des décisions du législateur, qui peut à tout moment changer les règles, ainsi que de la démographie et de la conjoncture. L’individu seul n’a aucune prise sur ces réalités. La réforme de 2023 a ainsi reporté l'âge légal de 62 à 64 ans, avant que la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 n'en suspende l'application jusqu'au 1er janvier 2028.

Maintenant, les crises. Jean-Luc Mélenchon affirme que les individus qui épargnent et investissent eux-mêmes sur les marchés financiers pour leurs vieux jours peuvent tout perdre en cas de crise économique. Pourtant, sur une durée suffisamment longue, ils ont au contraire tout à gagner à investir sur les marchés pour leurs vieux jours. Prenons un salarié payé au salaire moyen, soit 45 964 euros bruts par an en 2025 selon l'OCDE. Ses cotisations retraite, parts salariale et patronale comprises, représentent environ 28% de son salaire brut aux taux de 2026, soit près de 1 070 euros par mois. À cotisation mensuelle égale, 1 070 euros placés chaque mois depuis octobre 1996 sur le CAC 40 dividendes réinvestis (indice CAC 40 GR) formeraient aujourd'hui un capital de près de 1,2 million d'euros pour sa retraite. Il n'aurait versé qu'environ 385 000 euros, avant frais et impôts. Cela vaut bien entendu pour un épargnant qui reste investi sur les marchés financiers malgré les crises de 2001, 2008 et 2020.

Dernier point, Jean-Luc Mélenchon dénonce le fait que les individus seraient obligés de payer eux-mêmes leur propre système de santé. C'est pourtant une bonne chose, car c’est en mettant en concurrence des offres d’assurances et de mutuelles privées que les individus peuvent être servis au meilleur prix et selon leurs besoins. Quand le système de santé est public, c’est-à-dire quand l’État exerce un monopole dans ce domaine, l’offre tend à se dégrader et à devenir plus chère que ce qu’elle serait sur un marché libre. Payer sa propre assurance santé avec l’argent qui ne serait plus prélevé pour la Sécurité sociale ouvre d’innombrables possibilités pour les individus. Cela représente environ 243 euros par habitant et par mois (201,6 milliards d’euros de soins financés par la Sécurité sociale en 2025, selon la DREES).

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Avant de croire un programme, demandons toujours qui le paie et avec quel argent. Rendre aux salariés leur salaire complet, leur laisser choisir leur assurance santé et ouvrir la retraite à la capitalisation leur redonnerait la maîtrise de ce qu'ils gagnent. C'est cette liberté, et non une dette perpétuelle, qu'il faut opposer à Jean-Luc Mélenchon.

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Dernière modification: 22 octobre 2026
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