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Le taux d’emprunt de la France au plus haut historique


Le 25 septembre 2026, l’OAT française à dix ans atteint 4,71 %, au-dessus de l’Espagne, du Portugal, de la Grèce et de l’Italie.
Auteur: Nathalie Janson
Publié: 26 septembre 2026
Le taux d’emprunt de la France au plus haut historique

Nathalie Janson est professeure associée à Neoma Business School et présidente du think-tank Génération Libre.

Pendant près de dix ans, la France a bénéficié d’un privilège non négligeable. Malgré la dégradation de ses comptes publics, elle empruntait à des conditions proches de celles de l’Allemagne. Sa place au sein de la zone euro, la liquidité de ses obligations et la protection « implicite » de la Banque centrale européenne lui permettaient d’afficher un spread très inférieur à ceux de l’Espagne, de l’Italie, du Portugal et, plus encore, de la Grèce. Le titre français a longtemps été considéré comme un proche substitut du titre allemand.

Cette période semble révolue. Le 25 septembre 2026, le rendement de l’Obligation Assimilable du Trésor (OAT) française à dix ans atteignait environ 4,71%, contre 3,60% pour le Bund allemand. Le spread franco-allemand dépassait donc 110 points de base, contre environ 38 points en moyenne en 2016. La France emprunte désormais plus cher que l’Espagne, le Portugal, la Grèce et même l’Italie.

Une inversion spectaculaire en dix ans

Une prime de risque française

Une partie de la hausse récente est commune à toute l’Europe. Le retour des tensions inflationnistes, entretenues par les chocs énergétiques successifs, a conduit à un durcissement de la politique monétaire de la BCE. La remontée générale des rendements est commune à toute l’Europe ; en revanche, l’élargissement du spread franco-allemand est propre à la France. La dette publique française atteint désormais près de 120% du PIB, tandis que le déficit reste supérieur à 5%, avec une cible manquée chaque année en raison d’une incapacité à tenir le budget. Depuis la dissolution de juin 2024, l’Assemblée nationale, divisée, empêche l’émergence d’une coalition, condition pour dégager une trajectoire budgétaire crédible. Les gouvernements se succèdent, les objectifs sont révisés et les économies annoncées demeurent incertaines. Les marchés sanctionnent moins le niveau absolu de la dette que l’absence de mécanisme politique permettant d’en assurer le contrôle.

Les entreprises et les consommateurs directement affectés

La transmission à l’économie est progressive, mais concrète. L’OAT constitue un taux de référence — le taux sans risque — pour l’ensemble des financements en euros. Lorsque son rendement augmente, les entreprises françaises doivent offrir davantage — une prime de risque — pour émettre leurs propres obligations. Les banques voient également augmenter leur coût de refinancement et répercutent cette hausse sur les crédits aux PME et les taux des prêts immobiliers. Les consommateurs sont donc touchés par plusieurs canaux. Les nouveaux crédits immobiliers deviennent plus chers, même si leur évolution dépend aussi des taux directeurs de la BCE et de la concurrence bancaire. Le crédit à la consommation se renchérit, tandis que la baisse de la valeur des obligations peut peser sur certains placements financiers. Enfin, l’augmentation de la charge d’intérêts de l’État finit nécessairement par réduire les marges disponibles pour les services publics, les prestations ou les baisses d’impôts. Le contribuable paie ainsi indirectement la hausse du spread.

Le précédent britannique

Le Royaume-Uni offre un avertissement supplémentaire. Son rendement à dix ans atteint environ 5,40%, le plus élevé du groupe. Le pays dispose de sa propre monnaie et de sa propre banque centrale, ce qui pourrait sembler lui donner l’avantage de l’autonomie. Cependant, il ne bénéficie ni de la profondeur du marché obligataire de l’ensemble de la zone euro ni de la mutualisation implicite procurée par la BCE. Une crise de confiance peut donc provoquer simultanément une vente brutale de gilts (les bons du trésor britannique) et une baisse de la livre. L’épisode Liz Truss l’a bien illustré. En septembre 2022, l’annonce de 45 milliards de livres de baisses d’impôts non financées fit passer le rendement du gilt à trente ans de 3,38% à presque 5% en quelques semaines. Les fonds de pension furent contraints de vendre des obligations pour répondre aux appels de marge, obligeant la Banque d’Angleterre à intervenir en urgence.

Dans une perspective longue

Sur cinquante ans, les taux européens ont connu quatre grandes phases : une envolée dans les années 1970 et 1980 sous l’effet de l’inflation, suivie d’une baisse continue à partir des années 1990 grâce à la désinflation et à la convergence vers l’euro ; un épisode de divergence est apparu pendant la crise des dettes souveraines, de 2010 à 2012 ; enfin, une période de taux nuls, puis négatifs, entre 2015 et 2021 sous l’effet des achats de la BCE. Depuis 2022, la fin du quantitative easing, le retour de l’inflation et la détérioration des finances publiques ont ouvert une nouvelle période de taux élevés et de différenciation entre États. La France trouve toujours des acheteurs pour sa dette, mais elle doit désormais les rémunérer davantage pour la même demande, avec un taux de sursouscription supérieur à 2,5. Les marchés ne ferment pas le robinet du financement ; en revanche, ils pénalisent l’inaction.

  1. Trading Economics, rendements souverains à dix ans, 25 septembre 2026. ↩
  2. OCDE et Federal Reserve Bank of St. Louis, taux d’intérêt souverains à long terme, moyennes annuelles 2016. ↩
  3. Reuters, spread franco-allemand et finances publiques françaises, septembre 2026. ↩
  4. Banque d’Angleterre, ventes forcées de gilts et intervention de septembre 2022. ↩
  5. Agence France Trésor, dette négociable et résultats d’adjudications. ↩
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Dernière modification: 26 septembre 2026
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