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La nouvelle droite progresse tandis que les libéraux européens reculent


À mesure que la nouvelle droite redessine l’agenda politique européen, les partis libéraux peinent à définir ce qu’ils défendent.
Auteur: Cláudia Ascensão Nunes
Publié: 15 septembre 2026
La nouvelle droite progresse tandis que les libéraux européens reculent

Les partis européens qui se présentent comme libéraux ou comme favorables aux libertés ont perdu du terrain au Parlement européen ces dernières années.

Lors des élections européennes de 2024, Renew Europe a remporté 77 des 720 sièges, soit 10,7% de l’hémicycle. Ce groupe, héritier de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE) depuis son changement de nom en 2019, se présente comme un défenseur des valeurs libérales et démocratiques européennes. Cinq ans plus tôt, il détenait 108 des 751 sièges, soit 14,4%. En 2014, lorsqu’il s’appelait encore ADLE, il comptait 67 sièges, soit 8,9%. Le groupe a progressé jusqu’en 2019, avant de reculer en 2024.

Il demeure en deçà de son record de 2019, mais compte plus de sièges qu’en 2014.

En 2019, le groupe avait été renforcé par le parti d’Emmanuel Macron, tout en comptant encore dans ses rangs les Libéraux-démocrates britanniques, qui l’ont ensuite quitté à la suite du Brexit. Depuis, le recul du soutien à Macron en France et l’effondrement de Ciudadanos en Espagne expliquent une part importante des pertes du groupe, comme nous le verrons plus loin.

Il n’y a toutefois pas eu de disparition uniforme du libéralisme dans la vie politique européenne. En Slovaquie, Progresívne Slovensko est arrivé en tête lors des élections européennes de juin 2024, recueillant 27,8% des suffrages et remportant six sièges. En Autriche, NEOS a obtenu 10,1% des voix et deux sièges.

Le libéralisme n’a pas disparu, mais il a perdu de son influence. Il n’est plus une force en expansion. Il est passé du statut de l’un des principaux moteurs de la majorité parlementaire à celui de partenaire indispensable à la constitution de cette majorité.

La nouvelle droite, en revanche, est en progression. En 2014, les Conservateurs et réformistes européens (CRE) et le groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (ELDD) représentaient ensemble 15,7% des sièges. En 2019, les CRE et Identité et démocratie (ID) en représentaient environ 18%.

En 2024, les Patriotes pour l’Europe (PfE), les CRE et l’Europe des nations souveraines (ENS) détenaient ensemble environ 26% des sièges de l’hémicycle. Avec 84 sièges, les PfE ont dépassé Renew pour devenir le troisième groupe le plus important du Parlement.

Cela ne signifie pas que les électeurs libéraux aient simplement migré vers la nouvelle droite. Presque nulle part, les électeurs perdus par les libéraux ne sont allés en priorité vers les partis nationalistes.

La nouvelle droite s’est également développée aux dépens des partis conservateurs traditionnels, tandis que les partis libéraux ont perdu des électeurs au profit de forces politiques diverses.

La France en donne l’illustration. La liste de Macron est passée de 22,4% à 14.6%, tandis que le Rassemblement national (RN) progressait de 23.3% à 31.4%. Mais ces deux évolutions ne peuvent pas s’expliquer par un simple transfert de voix. Une partie des anciens électeurs de Macron s’est tournée vers la gauche, tandis que le RN a puisé l’essentiel de ses nouveaux électeurs dans l’électorat de droite. En Espagne, Ciudadanos s’est effondré : le parti, qui avait obtenu 12,3% des voix et sept sièges en 2019, n’a plus remporté le moindre siège en 2024. L’espace politique qu’il occupait au centre droit a été principalement absorbé par le Parti populaire (PP) et, dans une moindre mesure, par Vox.

Fait déterminant : entre 2019 et 2024, les libéraux ont cessé d’être une alternative aux partis au pouvoir ; ils sont eux-mêmes devenus partie intégrante de l’establishment.

Au Parlement européen, Renew appartient à la majorité qui soutient Ursula von der Leyen, aux côtés du PPE et des Socialistes et démocrates. Plusieurs partis libéraux nationaux ont connu la même évolution, en gouvernant eux aussi. En Allemagne, le FDP a gouverné aux côtés du SPD et des Verts jusqu’en 2024. En Belgique, l’Open VLD faisait partie de la coalition Vivaldi. Macron lui-même est passé du statut de symbole du renouvellement politique à celui de président associé à l’exercice du pouvoir et aux conséquences de ses réformes.

Lors des votes les plus importants de la présente législature, les libéraux s’alignent désormais plus souvent sur le PPE et les S&D que sur les CRE ou les PfE. Cette alliance, plutôt qu’une doctrine libérale clairement définie, caractérise de plus en plus le centre libéral européen. À l’inverse, les forces situées à la droite du PPE sont restées plus unies dans l’opposition.

Il est ainsi devenu plus difficile pour les libéraux de se présenter comme une alternative à l’establishment. Ils sont désormais associés à la politique qu’ils ont contribué à mener : approfondissement de l’intégration européenne, réglementation environnementale et énergétique, approche centriste de l’immigration.

Or certains électeurs voulaient moins de réglementation, d’autres davantage de protection sociale, d’autres encore un contrôle plus strict des frontières.

Le déclin du libéralisme ne correspond donc pas à une conversion massive à la nouvelle droite. Il résulte aussi de la fragmentation d’un électorat en réaction à une crise idéologique au sein même du camp libéral.

Les priorités des électeurs permettent de comprendre cette fragmentation. L’enquête menée par le Parlement européen après les élections a montré que la hausse des prix et le coût de la vie constituaient les principaux sujets ayant influencé la décision de vote des Européens. En effet, 42% des électeurs ont cité ces préoccupations, devant la situation économique, mentionnée par 41% d’entre eux. La situation internationale a été évoquée par 34% des répondants, et la défense de la démocratie et de l’État de droit par 32%. La migration et l’asile, l’environnement, ainsi que la défense et la sécurité de l’Union européenne ont chacun été mentionnés par 28% des personnes interrogées.

C’est sur ce terrain que la nouvelle droite a progressé.

Elle a transformé l’immigration, le contrôle des frontières, le coût de la vie, l’énergie et la sécurité en une offre politique plus lisible que celle de ses adversaires.

Le poids croissant des groupes situés à la droite du PPE se traduit déjà par des décisions concrètes. En novembre 2024, le PPE, les CRE, les PfE et l’ENS ont soutenu le report de l’entrée en vigueur des règles européennes de lutte contre la déforestation. En 2025, le PPE s’est allié aux groupes situés à sa droite pour approuver le paquet législatif « omnibus », qui a assoupli les exigences environnementales et constitué le premier texte législatif majeur à être adopté grâce à cette coalition. En 2026, le Parlement a facilité les expulsions, notamment en autorisant le recours à des centres de retour situés hors de l’Union européenne, en allongeant les durées de détention et en prévoyant la reconnaissance mutuelle des décisions d’expulsion. Les PfE ont également joué un rôle moteur dans les travaux consacrés à l’objectif climatique de 2040. Ces groupes ne contrôlent pas le Parlement, mais leur poids croissant leur permet déjà d’influencer les textes qui sont finalement adoptés.

Chez les jeunes, la nouvelle droite recueille le soutien d’environ 21% des hommes et 14% des femmes.

Beaucoup de jeunes s’abstiennent purement et simplement. Parmi ceux qui votent pour la nouvelle droite, les hommes sont majoritaires. Pour ces électeurs, le logement, les salaires et l’immigration pèsent plus lourd que l’intégration européenne, longtemps au cœur du projet de Renew.

Les libéraux ont également perdu en clarté sur le terrain qui devrait être le leur : la défense de la liberté économique et des droits de propriété. Lors du vote sur la directive relative au devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité, qui oblige les sociétés à surveiller leurs chaînes d’approvisionnement, Renew a voté avec les S&D et les Verts pour adopter le texte le 24 avril 2024. Les CRE et Identité et démocratie ont voté contre. Le même schéma s’est répété chaque fois que le choix portait sur davantage ou moins de réglementation, rendant de plus en plus difficile la distinction entre le libéralisme bruxellois et une social-démocratie modérée.

Le recul du libéralisme européen tient, dans une large mesure, à son incapacité à définir clairement et à affirmer ses principes et ses valeurs fondamentales.

Ces dernières années, le positionnement stratégique de ces partis les a conduits à fonctionner principalement comme un élément indispensable à la constitution de coalitions gouvernementales à Bruxelles.

  1. Ici, le terme « libéral » est employé dans son acception britannique, en référence au libéralisme classique et aux politiques en faveur du libre marché. ↩
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Dernière modification: 15 septembre 2026
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