L’impôt est incompatible avec la véritable civilisation
L'impôt, basé sur la violence, va à l'encontre de la justice, de la prospérité et de la liberté que l’on attend de la civilisation proprement définie.

« Notre civilisation, qui a bien des raisons de s’enorgueillir, en aurait beaucoup aussi d’être modeste : le civilisé, même occidental, laisse, à mainte occasion où il s’oublie, reparaître le barbare. »
— Paul Leroy-Beaulieu, L'État moderne et ses fonctions
Civilisation ?
Voilà un terme qui est souvent mis à toutes les sauces. On parlera de la « Civilisation Romaine » tout autant que des « Civilisations Inca ou Mongole ». Pourtant, les organisations sociales (de ce que je qualifie pour ma part de « cultures ») n’ont pas grand-chose à voir entre elles, pas plus que leurs cultures ni que leurs technologies. J’invite à suivre la superbe série de Paul Cooper pour se convaincre de cette grande diversité des « civilisations ».
Si l’on cherche sa définition, le Larousse nous propose : « Action de civiliser un pays, un peuple, de perfectionner les conditions matérielles et culturelles dans lesquelles vit un peuple » alors que le Littré lui préfère : « Action de civiliser ; état de ce qui est civilisé, c'est-à-dire ensemble des opinions et des mœurs qui résulte de l'action réciproque des arts industriels, de la religion, des beaux-arts et des sciences. »
On voit que les deux ouvrages ne proposent pas parfaitement la même signification, même si l’on sent bien que le Larousse tient probablement la corde, pourvu qu’on lui ajoute l’axe « action réciproque » du Littré. Mais curieusement, quand il s’agit de « civiliser », ce qui reste la base du concept, les dictionnaires ne semblent pas vraiment se préoccuper de la violence, des guerres, ni du droit et de la justice.
Il est vrai que pour les pouvoirs en place, qui tous reposent historiquement sur quelque guerre ou épisode sanguinaire, il est préférable de mettre de côté cet aspect pour mieux être digne du label de « civilisation ». Ainsi, tous les gens qui imaginent l’Occident comme une « civilisation », voire « la civilisation », n’ont rien de moins que deux guerres mondiales bien crasseuses à nettoyer de leur magnifique blason. Tout comme la grande majorité des « civilisations » de la série évoquée plus haut ont leur crasse à elles.
« Chaque nouvelle génération qui voit le jour est de fait une invasion de la civilisation par des petits barbares qui doivent être civilisés avant qu’il ne soit trop tard. »
— Thomas Sowell, A Conflict of Visions
Pour ma part, et je m’associe ainsi à H-H. Hoppe dans son « Démocratie », je préfère parler de « culture », y compris pour « l’Occident », pour réserver « civilisation » à la définition suivante : « Dynamique sociale d’une communauté ou d’un territoire dont la population se civilise. » ; avec pour « se civiliser » : « Dynamique de l’action humaine aboutissant à un meilleur respect de la justice, càd à une moindre criminalité, et à une plus grande prospérité générale. » Dans cette définition, la justice embrasse « les conditions » du Larousse et la prospérité embrasse tout le reste.
Une telle définition est plus générale que celles des deux dictionnaires. Elle intègre la dimension déterminante du rejet de l’aveuglement envers la violence, donc envers la barbarie. D’ailleurs, quand on demande au Larousse ce qu’on entend par « barbare », on obtient bien confirmation : « Qui agit avec cruauté, sauvagerie. » Il sera difficile de me convaincre que le blason de l’Occident n’a pas la moindre tache de cruauté, ni de sauvagerie.
« L’avènement des foules marquera peut-être une des dernières étapes des civilisations de l’Occident, un retour vers ces périodes d’anarchie confuse précédant l’éclosion des sociétés nouvelles. Mais comment l’empêcher ? »
— Gustave Le Bon, Psychologie des foules
Fiscalité
La fiscalité est un autre de ces mots auxquels on attache un sens, disons, idéalisé. Faisons le même exercice, demandons leur avis au Larousse et au Littré.
Le Larousse, sur la fiscalité : « Ensemble des lois qui se rapportent aux impôts. »
Le Littré, sur l’impôt : « Charge publique, droit imposé sur certaines choses. »
Mieux encore, le Larousse sur l’impôt : « Prélèvement effectué d'autorité et à titre définitif sur les ressources ou sur les biens des individus ou des collectivités, et payé en argent pour subvenir aux dépenses d'intérêt général de l'État ou des collectivités locales »
Les choses sont claires, l’impôt est une charge imposée, prélevée d’autorité et sans retour en arrière possible. Le Larousse tente de le justifier par une finalité prétexte, mais qui ne change rien à la nature forcée, imposée, violente donc, de l’impôt. Les dictionnaires en conviennent, l’impôt, la fiscalité, est une forme de vol.
Mais revenons à cette finalité prétexte. Elle constitue l’argument majeur de tous les tenants du respect de l’impôt. « L’intérêt général » (les routes, les hôpitaux, etc.) exigerait qu’on lui consacre des sommes. Même pour qui en admet le principe, il reste à se convaincre que pour obtenir des routes ou des hôpitaux, il n’y a pas d’autre façon de faire que de devoir subir le vol d’une somme à l’origine et la justification obscures. Pourtant, s’il y a autour de chez moi un vrai besoin de soins, ici et très vite, je peux jouer à l’entrepreneur et créer une clinique qui répondra à ce besoin par ses services. Dès lors, si l’alternative existe, pourquoi ne pas laisser le choix au contribuable entre impôt et commerce, selon ses préférences ?
« Toute cette discussion, cependant, est une concession à l’obscurcissement avec lequel les coutumes, la loi et la sophistication ont masqué le véritable caractère de la fiscalité. Il ne peut y avoir de bonne taxe ou impôt, ni de justes. »
— Frank Chodorov, Taxation Is Robbery
Or quand on s’intéresse à tous les domaines pris pour justifier l’impôt, on se rend compte bien vite qu’il existe – qu’il s’imagine, ou qu’il existe vraiment – toujours une alternative commerciale, voire plusieurs, que des entreprises pourraient offrir. Même dans les domaines de la police et de la justice. (Pour qui en doute, j’encourage la lecture de livres comme La Liberté par le Marché, ou mon Liberté Manifeste.) Bien sûr, ces alternatives présentent un coût : création d’entreprise, recherche sur le marché, négociation des prix, cela exige un certain investissement personnel pour bénéficier de ces services « alternatifs ». Mais en retour, la qualité du service est sans pareille.
Ainsi donc, s’il y a choix objectif et indéniable, pourquoi ne pas laisser librement choisir entre « service public » et offre commerciale ? Une autre façon de poser cette question consiste à dire : De quel droit, sur quelle base argumentaire, refuse-t-on au contribuable de consentir ou non à l’impôt qu’on lui réclame ? Car à aucun moment dans notre vie de « citoyens », jamais dans notre vie on ne nous demande de bien vouloir accorder, ou non, notre libre consentement à cet impôt qu’on nous exige alors qu’on pourrait très bien choisir d’autres options, cela sans ne jamais nuire à personne, notez bien.
« La fiscalité, c’est le vol et le brigandage par lesquels une partie de la population, à savoir la classe dirigeante, s’enrichit au détriment du reste de la population, à savoir les gouvernés. »
— Hans-Hermann Hoppe, The Great Fiction
Éthique de l’impôt
Voilà donc acquis que la fiscalité s’apparente à un vol, non consenti, quelles qu’en soient les justifications. Mais le vol, aussi sophistiqué qu’il puisse être, n’est-il pas un trait de la barbarie, pour revenir à notre premier point ? Le vol n’est-il pas de la même famille, du point de vue de l’éthique et des valeurs, que la cruauté et que la sauvagerie ?
En effet, j’avoue avoir du mal à imaginer quiconque qui oserait soutenir que le vol, le vol organisé à l’échelle de tout un système de société qui plus est, que ce vol serait un facteur décisif, voire caractéristique de toute civilisation digne de ce nom.
On m’objectera sans doute, néanmoins, que notre civilisation, comme toutes les autres, ne serait pas celle qu’elle est – sa grandeur, sa luxuriance, sa culture, ses réalisations – sans une puissance financière restée inconcevable hors du « soutien du contribuable ». Autrement dit, l’éthique problématique de la fiscalité serait gommée par la puissance qu’elle permet aux meilleurs esprits de réaliser, ce qui serait la marque de la civilisation.
On aura compris que c’est précisément la logique que le libertarien conteste. Au contraire, dans une civilisation véritable, la luxuriance et la culture résultent de la justice et du luxe qui vient lui-même de la prospérité que donne la liberté. Pas de fiscalité laisse à chacun la plénitude de sa puissance, puissance qui démultipliée par le libre marché permet la réalisation de projets, de luxe et d’œuvres d’art qui résultent de la volonté de chaque personne. La civilisation exprime la vraie « volonté de puissance », celle de tous.
« Nous sommes d’un temps dont la civilisation est en danger de périr par les moyens de civilisation. »
— Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain, Partie I, 521
Ma civilisation, notre civilisation
Je me tourne ainsi vers vous, cher lecteur. Vous qui êtes attaché à cette civilisation qui subit aujourd’hui tant d’assauts, c’est d’abord par votre propre action qu’elle survivra. Bien plus que par ceux qui vous fiscalisent en son nom, mais la détruisent par l’impôt.
Car si la civilisation vient d’abord de la « dynamique de l’action civilisée », la préserver ou la voir rebondir ne saurait venir « d’en haut », mais de l’action de chacun. Donc de la vôtre, aussi, voire tout d’abord. Le retour de la civilisation, c’est le retour des civilisés.
Une fois cette porte ouverte, la foule des actions possibles vient y frapper à l’envi. C’est à chacun de trouver la voie qui lui convient, pourvu qu’elle développe le « civilisé ». Il y a deux principes généraux, que vous pouvez décliner sur tous les axes du « civilisé ».
Les deux principes consistent d’une part à former, transmettre cette vision le plus largement possible, pour diffuser et déployer la civilisation ; d’autre part à agir en entrepreneur, c’est-à-dire en créateur de valeur et de paix et non pas en parasite assisté. Enfin, parmi les nombreux « axes du civilisé », vous pourrez choisir de proposer vos services dans le secteur de la santé, qui a besoin de revenir sur le libre marché, dans celui de la sécurité, où l’incertitude est galopante, ou encore dans l’enseignement, où la jeunesse a besoin de réaliser que ce n’est pas exploiter que d’employer son prochain.
La civilisation n’est pas quelque chose que l’on peut déléguer à un pouvoir politique, car le pouvoir politique est la cause de son déclin. La civilisation est au coin de la rue, elle se développe partout où les gens civils et civilisés construisent des projets ensemble.
« Nous prenons de la civilisation juste ce qui fait d’elle un danger, son apparence, sa seule superficie, son costume de bal paré, mais d’elle, d’elle-même, nous ne prenons rien. »
— Nikolaï Gogol, Les Âmes Mortes, II.
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